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Costa-Gavras a 85 ans : 5 films d'un cinéaste engagé à (re)découvrir
Par Corentin Palanchini — 12 févr. 2018 à 16:40
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Le réalisateur et scénariste Costa-Gavras fête aujourd'hui ses 85 ans, l'occasion de se plonger dans la carrière de ce réalisateur engagé en 5 films marquants.

Z (1969)
Z (1969) +
Un député progressiste est assassiné dans un pays méditerranéen. Le juge d'instruction s'occupant de l'enquête met en évidence, dans ce crime, la participation de l'armée et de la police.
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En 18 longs métrages de fiction qu'il a signé seul, Constantin Costa-Gavras s'est fait une spécialité du film politique et dénonciateur. Ses films les plus importants et marquants sont souvent concentrés sur la lutte entre un individu et un système, entre un homme du peuple ou représentant du peuple contre une hiérarchie corrompue et/ou déficiente. Alors que le cinéaste fête aujourd'hui ses 85 ans, retour sur une carrière riche en 5 films essentiels.

Z (1969)

Dans un pays indéterminé, un député de l'opposition (Yves Montand) est violenté lors d'une intervention publique et meurt à l'hôpital. L'autopsie révèle que la cause de sa mort n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Le juge d’instruction en charge de l'affaire (Jean-Louis Trintignant) découvre que l’armée et la police ont auraient participé à l'agression du député. Dans ce troisième long métrage après Compartiment tueurs (1965) et Un Homme de trop (1967), Costa-Gavras pose la première pierre angulaire de son cinéma en choisissant un sujet éminemment politique et dérangeant.

D'origine grecque, Costa-Gavras se plonge dans Z, le roman de son "compatriote" Vassili Vassilikos présentant comment les institutions grecques ont éliminé un opposant en tentant d'étouffer les preuves de cet assassinat. Costa-Gavras le transpose en un polar politique dérangeant, ouvrant ainsi la voie à bien d'autres cinéastes qui se réclameront de ce genre durant les années 70. Chef d'oeuvre de son metteur en scène, Z reste une critique acerbe du monde de la politique et des manoeuvres qu'il peut mettre en oeuvre pour arriver à ses fins.

Présenté en compétition au Festival de Cannes, le film repartit avec le Prix du Jury et le Prix d'interprétation masculine pour Trintignant. Aux Oscars, il remporta les statuettes de meilleur film étranger et de meilleur montage. 

 

L'AVEU (1970)

Aussitôt après Z, Costa-Gavras enchaine avec L'Aveu, sa deuxième représentation du totalitarisme. Adapté cette fois d'un livre d'Artur London situé à Prague en 1951, l'histoire est celle d'Anton (Yves Montand), vice-ministre des affaires étrangers au passé irréprochable, se trouvant pris dans la spirale des purges staliennnes. Accusé d'être un traître à l'Union soviétique et d'être au service de l'impérialisme américain, Anton est soumis à la torture pendant plusieurs mois, alors qu'il est innocent.

Avec cet autre film militant, Costa-Gavras dénonce les procès staliniens et la façon dont les suspects étaient torturés afin de leur faire avouer les faits qu'on leur reprochait et -dans le cas du film- qu'ils n'avaient pas commis. Sans l'implication de Montand et de Simone Signoret (qui joue la femme d'Anton), le projet n'aurait pas pu se monter à cause des pressions du Parti communiste français de l'époque. La manipulation des consciences et la violence (tant physique que psychologique) lors des interrogatoires par le Pari sont montrés sans concession, dans ce film important, tant dans la filmographie de son réalisateur, que pour son époque.

 

SECTION SPECIALE (1975)

Trois ans après Etat de siège qui se déroulait en Uruguay, Costa-Gavras se penche sur le cas français en racontant un fait réel survenu lors de l'Occupation. En 1941, suite à l'assassinat d'un officier allemand par un jeune militant communiste, le ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy tente de faire voter une loi d'exception et l'instauration d'une Cour spéciale chargée de juger et punir six autres militants déjà emprisonnés. Costa-Gavras montre ici la façon dont les institutions françaises, dans un soucis de plaire à l'occupant, vont d'elles-mêmes se fourvoyer et renier leurs idéaux : "il nous faut six condamnations à mort pour jeudi", prévient le ministre en présentant le but de la section spéciale à son président présumé.

Via une galerie de seconds rôles de comédies qui trouvent ici des rôles dramatiques (Claude Piéplu, Michel Galabru) et d'habitués du cinéma de Costa-Gavras (Julien Guiomar, Jean Bouise, Jacques Perrin), le réalisateur donne vie à ces personnnages. Sa mise en scène minutieuse est au service de son propos : si la première partie sur l'assassinat est un peu démonstrative, Costa-Gavras retrouve ses marques lors des scènes de procès. Le personnage du journaliste (Bruno Cremer), convoqué à la barre, sera la voix du peuple lors d'un monologue mémorable remettant en cause la légitimité de la section spéciale et prédisant que l'Histoire jugera les actes d'un tel tribunal. Ce en quoi il n'avait pas tout-à-fait tort.

MISSING (PORTE DISPARU) (1982)

Costa-Gavras est contacté par Universal Studios, qui lui demande de traiter le sujet du totalitarisme américain au Chili. A l'époque, le cinéaste vient de connaître plusieurs échecs, et trouve dans ce premier film tourné Outre-Atlantique un sujet qui lui correspond. Un père (Jack Lemmon) se met en quête avec sa belle-fille (Sissy Spacek) de retrouver son fils Charles disparu à Santiago du Chili. Le tout en plein coup d'État organisé par les sbires d'Augusto Pinochet en 1973.

Inspiré d'un fait divers réel, le film démontre la façon dont les militaires américains stationnés au Chili ont donné leur accord pour qu'un ressortissant des Etats-Unis (Charles Horman) soit exécuté. Journaliste un peu trop curieux, Horman avait commencé à savoir trop de choses quant à la collusion des diplomates américains avec la dictature. Prenant soin de faire tonner les mitraillettes à intervalle régulier afin que l'on oublie jamais la violence qui se joue au quotidien dans les rues, Costa-Gavras nous emporte dans une enquête conçue comme un thriller.

Jack Lemmon remporta le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1982 et le film la prestigieuse Palme d'or. Le scénario fut salué d'un Oscar en 1983.

 

AMEN (2002)

Nouveau sujet, nouvelle polémique pour Costa-Gavras, qui présente la façon dont le Vatican est resté silencieux face à l'extermination dans les camps de concentration. L'histoire est centrée sur le personnage de l'officier SS allemand Kurt Gerstein (Ulrich Tukur) qui, épaulé par un jeune jésuite (Mathieu Kassovitz) va tenter d'informer le Pape et les Alliés du génocide des Juifs par les nazis. L'affiche d'Amen, qui croise une croix chrétienne et la croix gamée nazie fit couler beaucoup d'encre à sa sortie.

Comme souvent dans les scénarios choisis par le cinéaste, le film commence par un choc. Ici, il s'agit du suicide d'un Juif lors d'une séance de la Société des Nations en 1936, pour protester contre les persécutions de son peuple. La façon dont Costa-Gavras filme les responsables du Vatican tantôt le regard baissé tantôt en affichant leur arrogance, cherche à insister sur leur responsabilité, qui a consisté à laisser l'autre commettre. Quant au traitement à l'image des chambres d'extermination et des trains vers les camps nazis, Costa-Gavras évite le démonstratif au profit du symbole et de l'évocation. Un nouveau "coup de poing utile" dans une filmographie qui n'en manque pas.

 

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